Crime de Saïd El Barkaoui : quand le racisme tue!

Le 4 juin 2018, à Ychoux dans les Landes, Saïd El Barkaoui succombait à la suite des cinq coups de fusil infligés quinze jours plus tôt par son voisin. Il laissait derrière lui une famille dont six enfants.

Dès l’ouverture de l’enquête, le parquet de Mont de Marsan retenait de suite la circonstance aggravante du racisme.

Le dimanche 17 juin 2018, une marche blanche à la mémoire de Saïd organisée par la famille et les proches de la victime, a rassemblé près de 400 personnes de divers horizons derrière la banderole « Saïd, nous ne t’oublierons jamais! ». SOS Racisme Gironde et le MRAP 40 sont intervenus en soutien à la famille et aux proches de la victime lors de la marche blanche et se sont constitués partie civile.

 

 

 

 

Ce crime dont le caractère raciste ne laisse aucun doute est à considérer comme bien plus qu’un simple fait divers de voisinage. Dans de telles circonstances, il faut considérer la violence que cela renvoie à la famille et aux proches mais aussi l’atteinte portée à la cohésion sociale et aux valeurs de la République.

Un bien triste anniversaire placé sous le signe du vivre ensemble

Un an après ce terrible drame,  le Collectif contre le racisme et à la mémoire de Saïd a organisé un hommage permettant autour d’une rencontre de football : 

Parce que nous ressentons le besoin d’un temps solennel et collectif de recueillement à la mémoire de Saïd, parce que nous voulons que ce type de drames cesse dans la société, parce que Saïd adorait le football, tout comme ses enfants aujourd’hui, parce qu’Ychoux, c’est aussi la France du vivre ensemble, une France fière de sa diversité.

Une instruction toujours en cours

Bientôt deux ans après les faits, l’instruction est toujours en cours, ce qui implique une certaine réserve. Ceci étant, le parquet de Mont de Marsan ayant retenu de suite la circonstance aggravante du caractère raciste de ce meurtre, ce qui est plutôt rare dans ce genre d’affaire, la motivation raciste de ce crime ne fait aucun doute. L’auteur, Claude Gorsky, a été immédiatement placé en garde à vue et en détention provisoire.

Le 10 décembre 2019 : Stupeur et incompréhension après la mise en liberté conditionnelle de l’auteur des faits

Cette décision de la Cour d’Appel de Pau, remettant en cause le maintien en détention provisoire statué par le Juge des Libertés, a créé stupeur et un grand émoi pour les proches et les soutiens de la famille de Saïd El Barkaoui. Pour la famille, c’est de nouveau, une terrible violence s’est abattue sur eux.

Le collectif de soutien et des membres de la famille se sont mobilisés : communiqué de presse, conférence publique  et pétition en ligne.

Le témoignage des membres de la famille d’une très haute dignité reste un message d’espoir et de paix. Nous gardons confiance en la justice de notre pays et comptons sur elle pour que justice soit rendue.

Un silence des médias et de la classe politique inquiétant

De la marche blanche à aujourd’hui, peu de médias nationaux ont relayé cette affaire au regard de la gravité des faits. Ce silence médiatique dénoncé par SOS Racisme (communiqué de presse) et le collectif de soutien, est inquiétant à plusieurs titres. Un crime raciste n’est pas un fait divers et l’information ne peut se limiter à une publication au sein d’une rubrique d’un journal local (nous remercions France Bleue et Sud-Ouest).  Ce silence dénote aussi une tendance à ne pas vouloir voir le racisme qui existe dans notre société et dont la manifestation est dangereusement de plus en plus violente.

Localement, le soutien de la municipalité dans la mise en oeuvre de la marche blanche et du tournoi de football était bien au rendez-vous. Ceci étant, le caractère raciste du crime commis par un citoyen d’Ychoux contre un autre citoyen a bien mis dans l’embarras un bon nombre d’élus qui n’ont dit que peu de mots sur cette affaire.

Rappelons ici que « Mal nommer les choses, c’est rajouter du malheur au monde ».

Le comité de soutien a sollicité les élus locaux et nationaux lors de l’hommage rendu à Saïd El Barkaoui un an après les faits. Nous remercions la Conseillère Régionale des Landes présente lors du tournoi de football  qui était la seule élu  à  être venue manifester publiquement son soutien.

Une nécessaire mobilisation publique et collective

Aujourd’hui, il y a urgence à faire reculer la banalisation du racisme et à enrayer ses conséquences désastreuses pour notre société.

Du meurtre de Mireille Knoll en région parisienne en mars 2018 à celui de Saïd El Barkaoui dans un village landais en juin 2018, en passant par bien d’autres faits de violence alimentés par la haine de l’Autre, ces événements tragiques appellent à notre mobilisation collective pour dénoncer le racisme et les ravages qu’il cause dans la vie des gens et pour la société. Car il s’agit non seulement de soutenir ceux qui traversent cette épreuve et s’y identifient par leur histoire singulière mais aussi de renforcer notre sentiment d’appartenance à la communauté nationale ancré sur des valeurs partagées de vivre ensemble.

Pour cela, il est certain que l’implication des élus locaux et nationaux est incontournable.

Un collectif de soutien est en place, autour des membres de la famille et des animateurs de la page Hommage à Saïd El Barkaoui, qui poursuivra avec SOS Racisme 33 et le MRAP des Landes, des actions de soutien et de mobilisation pour faire connaître et dénoncer le crime raciste dont a été victime Saïd El Barkaoui.